Les bateaux verts naviguent à l’électrique

Les bateaux verts naviguent à l’électrique

La compagnie varoise des Bateaux Verts remotorise un navire en « tout électrique ». Un signal fort en faveur de sa transition énergétique mis en œuvre par Scania et son distributeur de moteurs marins Motor Head Services. Retour sur cette première française, un pari fou et réussi !

Sur le port de Sainte-Maxime, les matelots de la compagnie des Bateaux Verts orientent les passagers vers la navette qui doit les mener à Saint-Tropez en tout juste 20 minutes. L’Espadon III, un navire de 18 mètres d’une capacité d’accueil de 97 personnes, est commandé par sa capitaine attitrée, Stéphanie Marin. Les moteurs sont en marche : pas de bruit, pas de vibration, pas de fumée… Les amarres sont larguées avec pour seul murmure le souffle du vent. Certains passagers s’étonnent, d’autres poursuivent leur conversation, observant au loin les voiliers qui s’amoncellent dans le golfe. Cette navette unique personnifie l’engagement d’un dirigeant, Denis Robert, qui voulait mettre sur l’eau un bateau électrique pour une application dédiée au transport de personnes. « Nous travaillons dans un environnement extrêmement fragile : le maritime. Il est de notre devoir d’agir pour le préserver. Ce premier bateau électrique résulte de notre stratégie environnementale 2020, l’acte fondateur du projet », explique le président des Bateaux Verts.

Stéphanie Marin, capitaine de l’Espadon III.

Stéphanie Marin, capitaine de l’Espadon III.

Le 100 % électrique n’était pourtant pas son idée initiale car cela n’allait pas forcément de soi pour l’armateur : « Je voulais verdir la flotte mais je n’avais en tête que ma connaissance des moteurs thermiques. À la recherche de la meilleure solution, l’électrique s’est invité dans les discussions mais c’est tout un modèle que nous avons dû repenser avec le distributeur Motor Head Services et Scania ! », insiste-t-il.

Les Bateaux Verts proposent un service de navettes quotidiennes reliant Saint-Tropez aux villes côtières de Sainte-Maxime, les Marines de Cogolin, Port-Grimaud et Les Issambres (83).

Les Bateaux Verts proposent un service de navettes quotidiennes reliant Saint-Tropez aux villes côtières de Sainte-Maxime, les Marines de Cogolin, Port-Grimaud et Les Issambres (83).

Perpétuer un héritage maritime

Les Bateaux Verts est de ces compagnies bien implantées dans son territoire. « Nous avons en concession la ligne Sainte-Maxime/Saint-Tropez, une traversée du golfe assurée par des navettes quotidiennes qui partent toutes les 10 minutes de chaque ponton, sur une amplitude horaire qui court de 7 h jusqu’à 2 h du matin », rappelle son président. Il a repris l’entreprise en 2008 : « Je n’y connaissais rien en bateau, sourit-il. Mais j’ai su introduire mes méthodes d’encadrement et de gestion dans cet univers. » D’abord accompagné par l’ancien dirigeant, Denis Robert s’est familiarisé avec le maritime, les marins, les bateaux.

 

En 2016, il rachète une seconde compagnie dans le Lavandou, tout en accompagnant le développement des Bateaux Verts. D’emblée, il a su dépasser le caractère inconnu et imprévisible du format de concession, « en travaillant sur le long terme, même si nous dépendons des renouvellements », note-t-il. Faire confiance aux femmes et aux hommes de l’entreprise, disposer d’un matériel fiable, assurer la transition énergétique de l’entreprise et soutenir la qualité des services ont été les moteurs de son développement. « Ici, l’activité est saisonnière. L’hiver nous travaillons donc sur les projets que nous n’avons pas le temps de traiter durant la haute saison », ajoute-t-il. Mais ce qui distingue aussi la compagnie, « c’est son supplément d’âme ! En participant aux événements locaux comme les Voiles de Saint-Tropez, ou en étant un partenaire engagé d’institutions telles que le Conservatoire du littoral pour sensibiliser les jeunes aux problématiques environnementales », commente-t-il.

" Le maritime est un environnement fragile. Il est de notre devoir d’agir pour le préserver. "

Denis Robert, dirigeant des Bateaux Verts.

La navette tout électrique incarne l’engagement environnemental des Bateaux Verts.

La navette tout électrique incarne l’engagement environnemental des Bateaux Verts.

Mickaël Pujol, président de Motor Head Services, Stéphanie Marin, capitaine de l'Espadon III, et Denis Robert, dirigeant des Bateaux Verts.

Mickaël Pujol, président de Motor Head Services, Stéphanie Marin, capitaine de l'Espadon III, et Denis Robert, dirigeant des Bateaux Verts.

Power Solutions Scania : expert, simple et fiable

Bénéficier d’une solution électrique intégrée dans un projet clés en main : c’est le Power Solutions Scania qui permet à l’opérateur comme à l’intégrateur de profiter de produits de très haute qualité, développés initialement pour le camion, et de l’expérience Scania. « Nous livrons le moteur électrique, le convertisseur de puissance, les chargeurs, le système de commande, les composantes de pilotage, les supports… Avec un seul interlocuteur pour piloter l’ensemble des technologies et acteurs impliqués dans l’électrification », explique Dick Burger, responsable commercial Power Solutions Scania France. Cette solution électrique complète permet de proposer aux clients un projet viable et fiable, et un suivi comme un accompagnement à la fois technique et commercial sur un sujet maîtrisé par Scania.

Repenser un modèle autour de l’électrique

Animé par ses convictions, l’armateur a abordé la transition écologique de sa flotte avec la même ferveur, « sans que cela ne nous soit imposé, même si nous savons que le projet intéresse nos partenaires », explique Denis Robert. « C’est vrai que ce bateau électrique attise les curiosités ! Il est regardé par tous ceux qui n’ont pas encore osé se lancer », souligne Mickaël Pujol, président de Motor Head Services, distributeur marin Scania, et coordinateur du projet auprès de Denis Robert.Dans ses premières réflexions, le dirigeant des Bateaux Verts visait un navire aux mêmes performances que sa flotte thermique. « Il n’existait pas de modèle sur lequel se fonder, nous avons dû avancer progressivement en étudiant toutes les solutions : gaz, hydrogène, et bien sûr hybride », rappelle Mickaël Pujol.

Le navire embarque deux e-machines Scania de 230 kW chacune.

Le navire embarque deux e-machines Scania de 230 kW chacune.

Si l’hybride semblait d’abord idéal, les équipes de Motor Head Services et Scania ont affiné les calculs selon l’utilisation qui allait être faite du navire. « Au fil des échanges avec Mickaël, nous nous sommes aperçu qu’une solution 100 % électrique était envisageable, indique Vincent Bernière, ingénieur application moteur Power Solutions de Scania France. Grâce à la compacité des batteries retenues par Scania, il a été possible d'intégrer les 800 kWh nécessaires à la pleine autonomie du bateau. » La solution a immédiatement séduit Denis Robert qui a travaillé avec ses équipes sur un nouveau modèle d’exploitation : baisser de 11 à 10 nœuds les vitesses de tous les navires pour réduire encore la consommation et se donner plus de marge de manœuvre.

Les conséquences ? Une durée des traversées de 20 minutes au lieu de 15 et, pour maintenir la fréquence des départs, l’ajout d’un quatrième navire sur les rotations. « Cette nouvelle organisation a été testée pendant une année avant l’arrivée de l’Espadon III. Nous voulions nous assurer que cela n’aurait pas d’incidence sur la satisfaction des clients », détaille Denis Robert. De l’exploitation à la qualité, toutes les compétences de l’entreprise ont été mobilisées… jusqu’aux capitaines, « car recueillir leur expérience était essentiel pour que l’utilisation future du navire, les commandes et l’équipement soient conformes aux habitudes de navigation », continue Mickaël Pujol.

Chargeurs à quai !

Filiale Scania spécialisée dans le conseil, l’installation et l’exploitation de solutions de recharge, Erinion France a assuré l’accompagnement du projet d’électrification des Bateaux Verts. « Avec cette transformation de l’écosystème, les freins sont souvent liés à la recharge qui nécessite d'adapter les opérations et nous sortons du paradigme du thermique », explique Jonathan Vial, responsable commercial chez Erinion France. Acteur clé du parcours d’électrification, la filiale avait à cœur de démontrer sa pertinence aux marins de Sainte-Maxime. Et ce, en les accompagnant dans le juste dimensionnement du système de recharge : un chargeur fixe de 400 kW connecté au poste de transformation du port de Saint-Tropez pour une recharge ultrarapide à mi-journée, et une seconde zone équipée de deux chargeurs lents et mobiles de 30 kW chacun pour recharger les deux packs batteries, la nuit.

Le souffle du vent

En passerelle, la capitaine de l’Espadon III poursuit sa traversée, conquise par la navigation silencieuse du bateau : « La sensibilité est différente, notre perception est modifiée, il n’y a plus le ronronnement lourd des moteurs. C’est une tout autre approche ! », s’enthousiasme-t-elle. Ce matin-là, la baie de Saint-Tropez est occupée par les centaines de voiliers qui se préparent à entamer leur quatrième régate de la semaine. « Ce sont les fameuses Voiles de Saint-Tropez qui attirent les plus grands équipages mondiaux », explique-t-elle. À mi-journée, le bateau a consommé un peu moins de la moitié de l'énergie disponible dans les batteries. Et comme chaque jour, après le débarquement des passagers, Stéphanie Marin part tranquillement rejoindre un autre ponton pour une brève coupure méridienne, le temps de remonter les batteries à 80 % grâce au chargeur ultrarapide installé sur le port. « L’électrique, c’est un changement de paradigme », conclut-elle. 

Pas de bruit, pas de vibration, pas de fumée… L’Espadon III offre une navigation tout en douceur..

Pas de bruit, pas de vibration, pas de fumée… L’Espadon III offre une navigation tout en douceur.

Chiffres-clés

Les Bateaux verts

  • 85 collaborateurs en haute saison
  • 15 navires
  • 550 000 passagers par an, dont 95 % de tourisme
  • 70 % du chiffre d’affaires réalisé en haute saison

Le e-power en chiffres

L’Espadon III

  • À bord : 8 batteries de 100 kWh chacune, soit 800 kWh en salle des machines divisés en 2 packs de 400 kWh

2 e-machines Scania de 230 kW continu, chacune fonctionnant à 650 V (bâbord et tribord)

  • À quai : 1 chargeur ultrarapide de 400 kW pouvant offrir une recharge de 10 % à 100 % en moins de 2 heures

2 chargeurs lents de 30 kW permettant une recharge de 10 % à 100 % en 10 heures

Trois questions à

Mickaël Pujol, président de Motor Head Services

Quels sont vos liens avec Scania et Bateaux Verts ?

J’ai repris Motor Head Services, distributeur de moteurs marins Scania, en 2023. Les Bateaux Verts était un client historique. Lorsque Denis Robert a lancé sa réflexion sur ce projet de navire « vert », je me suis tourné vers Scania pour les interroger. Nous avons travaillé ensemble pour parvenir à cette solution 100 % électrique des plus innovantes.

Qu’est-ce qui a fait la différence ?

J’ai proposé à Denis Robert d’être son interlocuteur unique. En cas de soucis, de questions, il savait vers qui se tourner. Dans un projet aussi nouveau où les intervenants sont nombreux, cela l’a rassuré et convaincu.

C’est un défi qui a été relevé ?

Il s’agit du premier bateau 100 % électrique de cette dimension pour Scania, alors oui, on peut parler de défi ! Les études ont duré plusieurs mois et nous devions faire avec les contraintes de l’existant, respecter l’équilibre du bateau, le bilan des masses avec les batteries… Un sujet aussi enthousiasmant qu’innovant !

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